Les 4°2 et les 4°3 rencontrent l'auteur Jean-Christophe Tixier
Les 4°2 et les 4°3 rencontrent l’auteur
de « 10 minutes à perdre » :
Jean -Christophe Tixier
La parole est aux 4°3 :
Le lundi 4 mai nous avons rencontré l’auteur de « 10 minutes à perdre » : Jean -Christophe Tixier, à la médiathèque de Pamiers. Nous lui avons lu la lettre que toute la classe de 4°3 avait écrite pour lui puis il a répondu point par point à nos questions . Rencontrer un auteur, ça nous impressionnait, on pensait que ce serait moins décontracté . Il est très sympathique, proche de nous. Il nous a parlé de sa vie, de son rapport à l’écriture et aux livres puis il nous a donné des conseils.
Ses goûts :
Jean-Christophe Tixier a 59 ans. Il n’était pas bon élève, il avait des mauvais résultats en français. Quand il devait faire une rédaction il se mettait à écrire directement , tout de suite après avoir lu le sujet ,au lieu de se dire « Et si ? » et de réfléchir d’abord à ce qu’il allait écrire, à l’ordre des idées.Il n’aimait pas lire, jusqu’à ce qu’il découvre LE bon livre, en 5ème : c’était « Voyage au centre de la terre » de Jules Verne. C’est son livre préféré, celui qui lui a donné le goût de lire.
Enfant, il jouait à un des premiers jeux vidéos qui ressemblait un peu au tennis ou au ping-pong, il n’y avait pas beaucoup de jeux vidéos. Il aime jouer à GeoGuessr.
Avant d’être écrivain, il était professeur.
A part l’écriture ,il a une deuxième passion : il aime voyager, surtout dans des pays où on mange bien comme en Afrique , en Asie, en Espagne, en Italie par exemple. Il aime beaucoup le sport et l’océan, la planche à voiles, la natation. Il préfère le rugby que le foot. Il aime rencontrer des nouvelles personnes. Il fait beaucoup de rencontres avec les jeunes. A la fin du mois de mai, il part au Canada.
Son rapport aux livres et à l’écriture :
Il a commencé à aimer écrire à 38 ans. Personne dans sa famille n’était écrivain ou documentaliste, ou bibliothécaire... Il écrit sa première histoire à l’occasion d’une fête familiale pour partager avec sa famille l’histoire de sa grand-mère. Dans « Rosalie », il raconte que lorsque son grand-père reçoit l’ordre de partir à la guerre,en 1939, il dit à sa femme qu’elle doit partir avec leurs 3 filles âgées de 4, 6 et 8 ans. Il pense qu’elles ne sont pas en sécurité parce qu’elle vivent près d’usines et qu’il pense que l’ennemi bombardera ces usines.( Elle sait qu’il a raison car son père à elle était parti à la guerre en 1914 quand elle avait 5 ans et il n’en était pas revenu.) Le grand-père a une voiture : une Rosalie. A l’époque, les femmes ne conduisaient pas. Sa grand-mère n’a qu’un jour pour apprendre. Il lui montre comment conduire mais à la fin de la journée, il pense qu’elle n’a pas pu tout retenir en un jour alors il met des étiquettes partout sur la voiture : « frein », « vitesse » etc. Elle est enceinte, elle accouche en route de deux jumelles. (La mère de l’auteur est la petite fille de 6 ans qui se trouvait à l’arrière de la voiture, elle a gardé de cette fuite un traumatisme revenant à chaque fois qu’elle entendait le bruit d’un avion.) Le grand-père est rentré de la guerre, à partir de 5 enfants, un père était dispensé de faire la guerre. S’ils avaient eu un seul enfant et non des jumelles, il ne serait pas rentré.
Raconter cette histoire lui a donné envie d’en écrire d’autres. Il a commencé avec des textes courts, pour petits lecteurs. Il a écrit 3 livres non publiés et c’est le 4ème qui a lancé sa carrière : « 10 minutes à perdre ». Il a eu l’idée quand il était entrain de détapisser , en décollant le papier peint chez lui. Il lui faut 3 à 4 mois pour écrire un livre. En ce moment il travaille à son prochain livre. Il ne paie pas pour la publication de ses livres qui sont publiés à compte d’ éditeur et non à compte d’auteur. Un livre de littérature jeunesse comme « 10 minutes à perdre » lui rapporte 68 centimes , un livre pour adulte, 2 euros par exemplaire vendu.
Ses conseils :
Jean – Christophe Tixier nous a donné des conseils. Il dit que c’est important d’être curieux, de s’intéresser , de chercher à découvrir. Il faut poser des questions tant que les gens sont en vie. Il faut parler avec nos grands-parents tant qu’ils sont là , il regrette de ne pas avoir posé certaines questions auxquelles plus personne ne pourra plus répondre maintenant :quand une personne âgée meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle. Il nous a dit aussi qu’il ne faut pas se fermer aux choses qu’on n’a pas aimé, ne pas dire « J’aime pas lire » mais dire « Je n ‘ai pas encore trouvé LE bon livre ».
Voilà, nous avions envie de partager cette expérience et ces bons conseils. Un grand Merci à Jean-Christophe Tixier.
Interview Jean-Christophe Tixier
Le 4 mai 2026, les classes de 4ème2 et de 4ème3 sont partis à la médiathèque de Pamiers pour rencontrer l’auteur qu’ils étudient depuis le début de l’année : Jean-Christophe Tixier.
Ils lui ont posé des questions sur sa vie d’auteur.
- Depuis quand aimez-vous écrire des histoires et à quel âge avez-vous commencé ?
J’ai commencé à écrire des histoires à l’âge de 38 ans. Ma première histoire était celle de ma grand-mère qui a fui de chez elle pendant la seconde guerre mondiale dans des conditions très particulières. Dans ma famille, tout le monde fait de la musique, et les réunions de famille se transformaient en concert improvisé. Moi, je n’aime pas faire de la musique et je ne sais pas jouer d’un instrument. Alors au début je racontais des histoires. Maintenant, je les écris.
- D’où vous vient l’inspiration ?
Je n’aime pas le mot « inspiration ». Des idées, il y en a partout. Par exemple, pour mon livre « 10 minutes à perdre » j’étais en train d’enlever la tapisserie de mon mur car il j’avais eu une fuite d’eau. J’ai vu qu’il y avait des petits schémas d’électriciens derrière, au crayon. Je me suis dit « et si à la place de ce schéma, il y avait un message... ». Des idées, il y en a partout. Il suffit juste de se poser la question « et si ». Pour « Les initiés », j’étais en train de faire mes lacets, et je me suis dit « D’où vient notre ombre, qui nous suit partout depuis que nous sommes nés… Et si il y avait des personnages cachés dans cette ombre ? » . Quand on observe le monde, une question trotte toujours dans notre esprit : « et si… ». Les idées ne viennent jamais seules. Mon cerveau, ma curiosité, la vie en général sont mes principaux outils de travail. Si j’avais un conseil à vous donner, c’est « Soyez curieux. (En montrant sa tête) Tout sort de là. Il faut juste aller le chercher ».
- Pourquoi avez-vous voulu écrire des livres ?
Au début, je n’aimais pas écrire. J’étais d’ailleurs très mauvais en rédaction, au collège. J’écrivais toujours quinze lignes au maximum, et il y avait toujours écrit « manque d’imagination » dans la marge en rouge. Par contre, j’aimais raconter des histoires. On aime tous raconter des histoires, vous aussi vous aimez raconter votre week-end par exemple. Aujourd’hui, l’écriture est ma passion, mon métier, et ma vie. Maintenant, j’écris tous les jours. Pour raconter.
- Avez-vous déjà douté de vos capacités en écrivant ?
Au moins 350 fois par jour. Si l’on renonce, c’est à cause de cette petite voix dans nos têtes. On se fait embobiner. Le doute fait partie de nos vies, ce qui est épuisant, car il faut lutter, ne pas l’écouter. On est tous capables de faire les choses qui nous tiennent à cœur.
- Combien de temps ça vous prend d’écrire des histoires ?
Il me faut en moyenne 4 mois pour imaginer l’histoire. Il faut que je recrée un monde, ce qui est difficile et long. La partie d’écriture est la plus simple de mon plan finalement.
-Avez-vous déjà écrit un livre qui n’a pas été publié ?
Oui mes trois premiers romans n’ont pas été publiés et n’ont jamais été édités.
Personne n’en voulait. Mais je ne suis pas le seul ; il y a un archéologue, Howard Carter, que j’apprécie particulièrement car il m’a appris en croire en mes rêves. Il avait écrit plus de 150 nouvelles que personne ne voulait éditer. Il était le seul, à son époque, à croire à l’existence d’un tombeau d’un très grand pharaon désormais célèbre, Toutankhamon. Il y croyait tellement qu’il a réussi à convaincre un généreux donateur de financer son projet de partir à la recherche de ce tombeau. Il a mis des années à y arriver, mais il l’a finalement découvert en 1922. J’avais un poster d’Howard Carter dans ma chambre quand j’étais adolescent. Ça me rappelait ne jamais oublier de croire en mes rêves. Quarante cinq de mes histoires ont été publiées. J’ai aussi écrit des histoires dont personne n’a voulu. En tout, j’ai dû écrire environ quatre-vingts histoires, et huit livres vont bientôt sortir.
Quoi qu’il en soit, on apprend en se trompant. L’erreur fait partie de l’apprentissage. Faire une erreur ne signifie pas « échouer ». Il faut toujours penser positivement : l’erreur ne tue pas, au contraire.
- Avec tout le respect qu’on vous doit, pourriez-vous nous dire quel est votre salaire ?
Je ne sais pas, ça dépend. Parfois assez, et parfois je dois trouver des petits boulots à côté, surtout quand les éditeurs refusent mes manuscrits. Je gagne entre 35 centimes et 2 euros par livre vendu, et je ne suis payé qu’une fois par an, aux alentours de mai ou juin. Je suis également rémunéré pour venir vous parler aujourd’hui. La série « 10 minutes » est celle qui m’a le plus rapportée car elle a aussi été traduite dans plusieurs langues, dont le chinois et le japonais. Tout ça parce que j’ai retiré du papier peint…
- Est ce qu’une romance est toujours volontaire dans vos histoires ? Si oui pourquoi ?
Être auteur c’est aussi être acteur. Il faut se mettre à la place, oser entrer dans la peau du personnage, dans sa tête, dans sa vie. Ce n’est pas de mettre des mots sur une feuille qui me plaît. Ce qui me plaît, c’est le fait de raconter l’histoire et d’être le personnage. L’amour fait partie de la vie. Donc oui c’est volontaire, car j’essaie de faire en sorte que mes romans soient comme dans la vraie vie, et dans la vie il y a toujours de l’amour.
- Quel est votre genre littéraire préféré ?
Je détesterais faire trop de fois la même chose.
J’aime explorer le monde, essayer plein de choses. Je n’ai pas de genre littéraire préféré, j’aime le fait de raconter l’histoire. Je ne trouve pas que ça soit une question de « genre ». Tout est dans l’écriture.
- Qui est votre auteur préféré ?
J’ai découvert Voyage au centre de la terre de Jules Verne en 5ème. J’ai été transporté dans un autre monde. Je n’étais plus dans ma chambre, sur mon lit, j’étais avec les personnages, dans l’univers imaginé par Jules Verne.
- Quel livre vous a procuré le plus de plaisir à écrire ?
Mon plaisir est juste d’écrire. Je n’ai pas de livre préféré à ce niveau-là.